
Fédération de Savoie
BARBERAZ – 9 avril 2009
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« La crise financière : piège ou atout ? »
Intervention de Michel BOUVARD
L’origine
Pour le grand public, la crise financière a commencé pendant l’été 2008 avec la crise des « subprimes » ou prêts hypothécaires à risque, mais son origine remonte à 2001.
Craignant les conséquences du 11 septembre, et face à l’effort de la guerre d’Irak, pour soutenir le marché immobilier, les organismes prêteurs commencèrent à se garantir sur le bien lui-même et non plus sur la solvabilité des emprunteurs. Ils espéraient à terme une plus-value.
Le système bancaire américain compte environ 8000 banques, dont certaines très petites. En outre les crédits étaient également proposés par une multitude de petits établissements qui n’avaient pas le statut de banque, et n’étaient soumis à aucun contrôle de régulation.
Lorsque le marché a commencé à fléchir à la suite de la défaillance des emprunteurs, toutes les petites officines ont cherché à se couvrir et ont cédé leurs créances à des établissements financiers spécialisés.
Ces « créances pourries » souvent mêlées à des valeurs honorables, se sont ensuite diffusées dans le monde entier.
Eté 2008 : l’Etat américain doit voler au secours de deux institutions financières emblématiques, spécialistes de longue date du crédit immobilier : Freddy Mac et Fannie Mae. Dans le même temps, l’Europe découvre ses premières défaillances bancaires : Northern Rock en Grande-Bretagne, certaines banques régionales en Allemagne, contraignant les Etats et les caisses des dépôts à intervenir pour éviter les faillites.
Le facteur déclenchant
Septembre 2008 : pour stopper le processus, l’Etat décide de ne pas soutenir Lehmann Brothers, 4ème banque américaine. Le doute s’installe quant à la fiabilité du secteur bancaire et se propage rapidement en Grande-Bretagne (Royal Bank of Scotland, B&B etc…), puis en Allemagne, pour finalement se diffuser au monde entier.
Les économistes, qui avaient prévu une crise, n’avaient pas imaginé qu’elle se diffuserait si rapidement à tout le système bancaire mondial. « En 1929, la crise avait mis trois ans pour atteindre l’Europe, en 2008 elle mit trois jours. »
En quelques jours, tout a basculé :
Un exemple : DEXIA
Les banques sont classées selon leurs performances.
L’annonce d’un « éventuel » changement de classement de DEXIA provoqua un effondrement de la confiance. Incapable de se financer sur le marché, DEXIA fût contrainte de demander une recapitalisation aux trois Etats dont elle dépend : Les Français et les Belges pour 3 milliards d’€ chacun et les Luxembourgeois pour 400 millions d’€.
En règle générale, les institutions bancaires françaises ont mieux résisté que les autres en particulier parce que l’autorité de régularisation leur impose un niveau de fonds propres de 8% alors que les autres pays européens sont autorisés à ne détenir que 3 ou 4%.
Un exemple concret des conséquences de l’arrêt des prêts interbancaires sur l’activité économique : en un mois, 15 septembre-15 octobre 2008, le trafic des marchandises avec l’Italie a diminué de 20%. Il n’a commencé à se redresser que depuis février 2009.
Les mesures gouvernementales
En France, très rapidement le gouvernement s’organise avec la création de deux structures :
A l’exception d’une intervention partielle au capital de Dexia, à aucun moment l’argent du budget de l’Etat ne fût concerné pour des avances directes aux banques.
I – La Société des prises de participation de l’Etat
La SPPE avait engagé la garantie de l’Etat pour éventuellement disposer d’un montant de 360 milliards d’€.
En réalité elle est intervenue en deux tranches de 10,5 milliards d’€ chacune.
Ces 21 milliards réellement prêtés aux banques en difficulté ne représentent que 0.5% de la totalité des fonds propres des banques.
En outre, la rémunération de 8.2% rapportera 853 millions d’€ à l’Etat en année pleine.
II – La Société de financement des entreprises.
La création de ces deux sociétés et les mesures qui les ont accompagnées ont permis de faire retomber la pression.
Le plan de relance de l’investissement : 26 milliards d’€
Les mesures pour soutenir la consommation
Les relances sectorielles :
1. L'immobilier
Le locatif : reprise par l'Etat de certaines opérations immobilières en VEFA (Vente en état futur d'achèvement). Sté nationale immobilière (10000 logts), OPAC (20000 logts).
Travaux d'économie d'énergie : Amélioration du patrimoine, prêts éco-énergie, prêts à taux zéro (PTZ) pour travaux d'économie d'énergie.
2. Plan automobile
Aide aux sous traitants de l'automobile en partenariat avec PSA-Citroên et Renault.
Prime à la casse.
Vers une sortie de crise ?
En France, les gouvernements successifs n’ont jamais négligé l’industrie. (Aéronautique, transports, énergie, agroalimentaire, Chimie, Industrie pharmaceutique). Cependant, au cours de ces 25 dernières années, de nombreux « fleurons » de l’industrie française ont disparu, absorbés par des fonds étrangers. En période de crise il convenait de redoubler de vigilance.
Pour soutenir les entreprises :
le Fonds stratégique d’Investissement (FSI)
Filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, dotée de 10 milliards d’€ par la CDC et autant par l’Etat, Le FSI renforce l’engagement traditionnel de la CDC aux côtés des entreprises. Parallèlement, la « CDC entreprises » a renforcé ses liens avec OSEO dans le cadre de plateformes communes de traitement des dossiers dans chaque région.
Le rôle du FSI est
Objectif : structurer le tissu industriel français.
Le FSI est-il un « fonds souverain » ?
Les fonds souverains sont constitués par
Ces fonds ont pour objectif de produire de la richesse qui se substituerait à la disparition éventuelle des excédents. Une sorte de provision pour l’avenir.
Donc, le FSI n’est pas un fonds souverain !
Comment éviter une nouvelle crise ?
Il est urgent de structurer le système financier mondial :
-Soumettre tous les établissements financiers aux régulateurs bancaires et susciter le renforcement des échanges et de la coopération,
-Renforcer le rôle des autorités de marchés pour limiter les primes aux produits et pratiques les plus risqués.
Pourquoi les agences de notation n’étaient-elles pas fiables ?
La condition d’un retour durable à la croissance passe par une gouvernance mondiale qui imposera une vraie transparence du système financier.
Premier succès : La présence des principales puissances économiques mondiales à la table du G20.
Les principes ont été posés. La violence de la crise autant que la stupéfiante rapidité de sa propagation ont surpris les meilleurs économistes.
Ce seront les meilleurs arguments pour convaincre les plus sceptiques d’aller plus loin ensemble.
Question : La crise va-t-elle durer?
Les facteurs positifs
D. STRAUSS-KAHN évoque une sortie de crise pour le 2ème semestre 2010.
Les bombes à retardement
-Tous les actifs toxiques ne sont pas encore évacués,
Question : Quels atouts supplémentaires pour sortir de la crise ?
Les Français sont très épargnants. Contrairement aux Etats-Unis, nos bases économiques sont saines : en 2008, 15 milliards d’€ supplémentaires ont été déposés sur le livret A… La masse de l’épargne réglementée des Français s’élève à 210 milliards d’€.
La France a une bonne cote auprès des établissements bancaires. Le taux d’emprunt est identique à celui de l’Allemagne, tandis que l’Italie emprunte plus cher et bien évidemment l’Islande encore plus cher.
La France et l’Allemagne ont été leaders en matière de négociations internationales. Les mesures qui ont été proposées ont été prises et les Etats-Unis ont accepté l’évolution.
Les écueils à éviter :
-Que le tissu industriel se délite,
-Que l’Etat se laisse aller à une augmentation des dépenses de fonctionnement, car cela augmenterait la dette publique.
Les deux erreurs majeures de la crise de 1929
Le protectionnisme a été un facteur d’accélération de la crise. Aujourd’hui ce n’est plus possible.
Les états ont trop attendu pour intervenir. Cette fois-ci, les chefs d’Etats ont pris à chaque étape les mesures nécessaires, sans espérer que le marché se redresserait seul.
Question : Pourquoi conserver le dollar comme valeur de référence ?
Remettre en cause le dollar aujourd’hui supposerait que l’on s’entende sur une autre valeur de référence…
-Les Etats-Unis sont lourdement endettés et ce sont les Chinois qui détiennent leurs dettes.
-Les Chinois ont donc tout intérêt à ce que l’économie américaine soit en bonne santé.
Par ailleurs, les Américains ont bien conscience qu’ils sont à l’origine de la crise pour une triple raison :
Conscients de leurs responsabilités, les Américains sont donc plus enclins à négocier.
Par ailleurs, l’Euro est-il plus fiable ?
- L’économie grecque n’est pas en bonne santé,
- La monnaie des Etats baltes s’est fortement dépréciée, et nous avons beaucoup prêté à ces pays,
- Dans les pays d’Europe centrale et orientale, le risque social est important…
A terme, la question d’une autre référence monétaire que le dollar sera incontournable, mais il est trop tôt pour ouvrir un débat qui risquerait de radicaliser la position des Etats-Unis.
Enfin, quelques chiffres…
En 1980, la totalité des actifs financiers de base représentait 10.000 milliards de dollars
Juste avant la crise ils représentaient 140.000 milliards de dollars
140 milliards de dollars = 318% du PNB 2008
(PNB = valeur totale de la production finale des biens et services de l’ensemble des pays en une année)
Par comparaison, que représentent les fonds souverains ?
La totalité des fonds souverains représente 2.500 milliards de dollars
Le plus important, celui d’Abou Dhabi s’élève à 1.000 milliards de dollars.
Sylvie Cochet, secrétaire départementale
Barberaz, le 9 avril 2009